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Honky Tonk (2013)


Les faux Talbins (2009)


Exactement (2006)


Les Sénégalaises (2004)


Le Tango des Gens (2001)


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BIO

Devinette : quel est l'artiste capable d'évoquer dans un même album Woody Guthrie et Michel Audiard, François Béranger et San Antonio et Willie Nelson, "Délivrance" et "O' Brothers" ? On n'osait en rêver, Sanseverino l'a fait quand même. On savait depuis déjà des lustres que cet ex-Voleur de poules rock recyclé en gallinacé manouche avait dans la peau, outre une sémillante collection de tatouages, l'amour de la musique. De celles qui balancent, qui caracolent, qui virevoltent et tournicotent, bref qui swinguent. Après avoir joué les Django Johnny Go au gré de trois albums jazzifiants, pétillants et épatants, revisité en chansons les polars série noire il y a trois ans, voilà notre brillant olibrius qui s'attaque –pacifiquement- à un vieux nouveau style, de ceux qu'il affectionne particulièrement : le bluegrass, ce mélange festif de folk irlandais et de country yankee.

Une musique née dans les années 40, quelque part dans le Kentucky, sous l'impulsion du dénommé Bill Monroe, musicien et compositeur qui, depuis, a fait nombre de petits. Justement, quand il n'était pas grand, Stéphane Sanseverino est tombé dedans : le blues et la grâce. Avec ses potes d'adolescence, il s'amusait à reproduire le duo guitare-banjo du film "Délivrance" évoqué plus haut, et dévorait les vinyles du genre. Une ancienne passion qu'il remet au goût du jour dans ce nouvel album qui devait s'appeler "Numéro Cinq", parce que c'était son cinquième album studio, mais qui est intitulé "Honky Tonk, "parce que c'est un disque qui sent trop bon...!"

Un disque qui sent le feu de bois et le soleil couchant, l'herbe folle et les lagons bleus, les cavalcades dans les collines et les bamboches à la veillée. Mais un disque à la française, résolument, passionnément, littéralement, littérairement. Car pas question pour Stéphane d'aller enregistrer ça aux Etats-Unis avec des requins du coin. C'est sûr, le bluegrass en France ne concerne qu'une poignée de musiciens, mais forcément virtuoses, car le genre l'impose. C'est donc avec un équipage d'élite que Sanseverino, passé avec panache des apaches au Appalaches et du rockabilly au hillbilly, a réalisé et mixé le disque en une vingtaine de jours : outre le patron à la guitare, Jean-Marc Delon au banjo, Christian Séguret à la mandoline, Christophe Cravero au violon et Jidé Jouannic à la contrebasse, constituent le combo idéal. "Même si le bluegrass a évolué depuis ses débuts, raconte Stéphane, j'ai voulu en conserver l'esprit originel, façon gardien du temple : pas de batterie, pas de clavier, et réverb' interdite ! On a tout enregistré live, sans "re-re", sous peine de payer sa bouteille…"

Comme toujours chez Sanseverino le chroniqueur de maux, les textes mettent en scène une éclectique galerie de personnages : du pilier de comptoir bavard ("Je vous raconte ma vie") au passager flippé ("L'avion"), en passant par les nostalgiques des bastons internationales ("Le honky tonk du tank"), le camelot baratineur ("Tout est dans mon sac") ou le futur crétin nouveau mec de son ex ("Freddy"). Comme toujours chez Sanseverino le croqueur de mots, il y a du swing dans les strophes, du scat dans les quatrains, de la verve et de la gouaille dans les coins : qui d'autre que lui imaginerait faire rimer "fausse route" avec "flaque de mazout", ou Barcelonnette avec Corvette, dans "On ze route", mouvante chanson road movie à fond la caisse… . De la tendresse et de la nostalgie aussi : comme dans "Les marrons", délicate évocation de l'école d'antan, "Plus jamais", joli inventaire des câlineries perdues, ou "Lettre à ma cousine", complainte normande signée Boule, singulier baladin parfois aperçu en ouverture des concerts de Stéphane. Dans le disque, décidément sacrément cossu, il y a aussi une reprise de François Béranger, en duo avec Jeanne Cherhal ("Le vieux"), une autre, plus inattendue, de la slave "Nathalie" de Bécaud moulinée à la sauce country, un remake de "Les rockers aiment la java" récupéré de l'album précédent et quelques instrumentaux endiablés à déboiter les jambes de bois.

On allait oublier : histoire de fêter dignement la fin du monde, celle du 21 décembre 2012 comme toutes les futures autres, Stéphane, garçon plein d'avenir, a concocté un single apocalyptique intitulé "Swing 2012" : l'énumération de tout ce qu'on devrait faire avant d'y passer. Comme, évidemment, écouter d'urgence le nouvel album de Sanseverino.

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